11 avr. 08

2007 - Expo DOXART

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Lyon, confluent du signifié et du signifiant.

Le lacéré anonyme c'est le discours disjonctif entre une société organisée, qui se domestique et une collectivité en expérimentation permanente. Le lacéré est une plastique anonyme hasardeuse que l'on parcours et croise sans voir mais qui percute notre inconscient. L'affiche fonctionne à un niveau de lecture simple d'un ensemble de signe qui valent pour des symboles couvrant une infini stratification de significations conjuguées.

De l'affichage politique à l'affichage artistique en traversant toutes les modalités de l'affichage commercial, ce que l'on observe c'est une capacité de mutation de l'objet pour un registre infini de signifiés à être convertis par un très petit nombre d'opérations rhétoriques instituantes de valeur, toujours d'une essentielle pauvreté structurale. L'objet c'est-à-dire le fragment photographié n'est certes pas un discours mais plutôt un organisme de discours: les discours s'y multiplient, s'y stratifient, s'y croisent et que l'on observe des images ou des fragments d'images n'en change pas la nature. Ces images associées ou non aux discours qui les cernent obéissent à l'ordre du discours en ce sens que leur seule vocation est de présentation d'un tableau de signifiés.

Tout comme Jacques de la Villeglé le parti-pris de mon matériau est d'être à la jonction du monde du sens et du sens du monde dans un geste purement pragmatique. Jonction ou clôture infra-mince soumise à la lacération, action équivalente aux opérations de la métamorphose onirique. Symptômes de l'actualité, l'affiche envahit notre champs visuels. En réaction à cette propagande, naît un geste de rébellion, un geste de destruction qui se transforme en construction inconsciente. A quel instant notre encodage agit sur l'inconscient? quel est celui qui domine celui des anonymes ou celui de l'artiste ou du votre? L'affiche lacérée anonyme réalisant subliminalement des orientations, des investigations, des influences qui trouvent en elle à la fois leur fin et leur sens le plus définitif et le plus général. Ce travail s'inscrit entre le réalisme sociologique développé par Pierre Restany et certains aspects de l'art conceptuel de Dubuffet. On perçoit la ville autrement, on « regarde le monde comme un tableau » (Hains) sous les gestes de passants anonymes.

Le lacéré anonyme présente la physionomie surréaliste d'une rue, le lacéreur n'est autre qu'un être lacéré. C'est la rupture avec l'objet manufacturé, ce n'est pas une simple collection d'affiches, mais sur le support de l'affichage public qui intrique la plupart du temps des messages de nature diverses, c'est une accumulation d'addition de gestes aléatoires qui ont soustrait à l'affiche sa qualité d'objet manufacturé. La photographie est un mode d'appropriation technique de fragments de la réalité, mon process se décompose en trois actes: L'acte d'observation et l'appropriation d'un objet pré-constitué, il s'agit toujours d'un produit de l'activité humaine et des éléments : le vent, la pluie, pour moi c'est le choix de faire une photographie ou non, l'action de figer un état. Mes choix doivent bousculer mon naturel et interroger. « En restreignant mon choix aux lacérés anonymes sans y intervenir me donne plus de liberté que le peintre devant sa toile blanche. Beaucoup de fantaisie sont permises, la beauté est en perpétuelle évolution » (Villéglé 1987). Vidi, Vinci. J'ai vu, il me faut décider et agir, l'état de l'affiche que j'observe n'ai pas figé ou définitif, l'action prime sur la pensée. L'instinct, le hasard, l'automatisme font le reste. L'acte de déformation ou plus exactement de métamorphose de la figure à la forme, c'est le choix du cadrage, la mise en valeur des détails, le choix des signes « où l'image brouillée ou le tout déformé n'agit plus comme un signe, mais tel un phénomène de la logique de l'inconscient, comme un signe, comme un incitatif subjectif, avec cette particularité(...) que cet incitamentum est pris pour un signe et que l'esprit commence confusément par inventer, alors qu'il cherche à comprendre et croit ne rien faire d'autre » (Pierre Restany. Les Nouveaux réalistes p.71 Planète 1968) L'acte d'authentification, procédure ultime qui garantie d'un sens à l'action entreprise par la signature de l'objet qui en résulte. On pourrait insinuer que c'est un art désespéré. Faux. C'est savoir faire face aux tensions du monde, les valoriser, ne pas s'en détourner en faisant une oeuvre kitsch. L'affiche lacérée ne peut être réduite à l'art sociologique. Les mythes de la création collective et spontanée, de l'anonymat, sont immémoriaux, la lacération dépasse la réalité d'une époque, elle atteint le lyrisme. La source de l'effet beauté de la lacération, mot ayant une connotation qui peut renvoyer au Marquis de Sade, se situerait dans la dramatisation des éléments de typographie, d'iconographie et de matières déchirés. La déchirure détache du contexte et transpose l'événement dans le domaine de l'absolu. Un mot, un visage fragmenté, prennent dans l'imaginaire une toute autre importance. Si ces fragments aux origines brouillées sont mêlés par la violence du geste lacérateur à la matière du papier dans des compositions chahutées, dont la structure non concertée a pourtant sa propre logique,nous nous trouvons alors devant la création pure, devant la manifestation spontanée. « Notre propagande, c'est cette République qui hurle son espoir... Affiche bien inutilement lacérée! Il n'y a pas d'affiche meilleur que les affiches lacérées! Il n'y a pas de plus beaux visages que les visages qui portent des blessures! » (André Malraux) Après quatre années passés en autodidacte, j'ai découvert le travail de quelques affichistes: Raymond Hains avec des photographies de Paris en 1949, Mimmo Rotella avec la série « Cinecitta » en 1960, François Dufrêne et Jacques de la Villéglé. Plusieurs photographes se sont également intéressés à ce sujet Moholy-Nagy, Ilse Bing, Wols, Brassaï, William Klein, Daniel Pons ... la différence avec leurs oeuvres c'est que je cherche le détail, je ne m'intéresse pas à l'affiche en elle-même seulement à la jonction des fragments, à cette lisière infra-mince.

Source « Bernard Lamarche-vadel « Villéglé, la présentation en jugement »

Posté par Artomyk à 23:15 - Permalien [#]